Coup d’état militaire à Bamako, coup d’état civil à Conakry : Que faut-il retenir?

« L’occasion fait le larron », dit-on.

L’irruption de l’armée malienne sur la scène politique du pays qui a conduit à la chute du Président Ibrahim Boubacar Keita est révélatrice de la mauvaise gouvernance, des manifestations populaires réprimées dans le sang, du clanisme, de l’injustice, de la corruption, de l’incompétence, du népotisme… qui ont caractérisé le régime ces derniers temps. Tous les ingrédients étaient réunis pour conduire à la fin du règne d’IBK. Bref, le pouvoir était dans la rue, et l’armée malienne n’a fait que finir le boulot, parachever l’œuvre du peuple.

Être élu démocratiquement donne t-il tous les droits à un pouvoir de malmener son peuple, de violer la constitution, de tricher, abuser de ses concitoyens, d’ériger la corruption, l’injustice… en mode de gouvernement ? Ce qu’il y a lieu de noter et de savoir, si l’élu détient la légalité, la légitimité appartient au peuple qui peut l’exercer à tout moment.

Donc, au lieu de s’en prendre à la conséquence, il serait mieux de s’attaquer à la cause car, « il n’y a pas de fumée sans feu », dit-on.

Quelle différence y a-t-il entre le coup d’état militaire avec la prise du pouvoir par l’armée et le coup d’état civil avec la confiscation du pouvoir par l’élu démocratique qui manipule les institutions, modifie la constitution, triche les résultats des élections, emprisonne les opposants, bâillonne la presse…? Soyons sérieux !

Aujourd’hui, si l’armée intervenait dans l’arène politique en Guinée, en Côte d’Ivoire, au Cameroun, au Togo, au Tchad…, les quelques derniers potentats qui s’accrochent au pouvoir dans une Afrique qui se démocratise, que feront l’Union africaine, la CEDEAO, la CEMAC, les Nations-Unies, la communauté internationale…?

« Vaut mieux prévenir que guérir », dit-on.

Pour le cas précis de la Guinée, si l’armée faisait irruption maintenant, pendant les élections ou après les élections dans l’arène politique, Alpha Condé qui a fait beaucoup de victimes en tuant des centaines de manifestants au vu et au su de la communauté internationale pour se tailler une nouvelle constitution à sa mesure, que dira le syndicat des Chefs d’Etat de la CEDEAO ? Que fera la communauté internationale qui observe les évènements comme si de rien n’était? Quelle hypocrisie!

« Les mêmes causes produisent les mêmes effets », dit-on.

En Guinée, c’est une erreur de penser que le pouvoir de Conakry a la main mise sur l’armée. En effet, comme au Mali, les soldats guinéens sont mal entretenus, mal payés, mal habillés, mal logés pour ceux qui sont casernés et sans logements pour l’écrasante majorité des troupes; le tout couronné par l’embourgeoisement des généraux, l’enrichissement, la corruption de la haute hiérarchie militaire, le détournement des biens, des droits, des privilèges, des carburants, des primes, des faveurs… accordés aux autres militaires démunis d’où ; le mécontentement dans les rangs des forces armées guinéennes. Alpha Condé n’a aucun contrôle sur l’armée. Sa propre garde est délaissée, abandonnée, mal nourrie, mal rémunérée, sans logement, des garde-corps qui mendient de bureau en bureau, devenus arnaqueurs parce que le Chef de l’Etat est cupide, pingre, radin…; alors que le contribuable guinéen lui verse un (1) milliard de nos francs par jour. Ce qui est plus grave voire méchant de la part d’Alpha Condé, non seulement il ne donne rien à sa garde qui sont pour la plupart des éléments qui sont avec lui, et ce, depuis le temps de son opposition sous feu général Lansana Conté, mais aussi il interdit à quiconque de donner un seul centime à ces misérables soldats.

Dans une telle situation, si par extraordinaire l’armée guinéenne décidait d’empêcher le troisième mandat du locataire de Sekhoutoureyah qui a commis le parjure, un crime pour avoir changé la constitution et s’éterniser au pouvoir, la garde présidentielle n’hésitera pas un seul instant à ouvrir les portails du palais comme les garde-corps d’IBK ont ouvert les portes du palais Koulouba, sans opposer la moindre résistance aux putschistes en livrant le Chef de l’Etat malien.

Contrairement à ce que le Ministre d’état à la défense, Dr Mohamed Diane, le CEMGA, les Chefs d’états majors particuliers font croire au Président Alpha Condé, la colère qui couve au sein des armées dont ils sont à l’origine et qu’ils tentent de contenir par les affectations des soldats les plus craints à l’intérieur du pays ou dans les ambassades, montrent clairement le fossé, le divorce qu’il y a entre le haut commandement militaire et les pauvres soldats qui manquent de tout.

Ironie de l’histoire, l’instinct de conservation du pouvoir qui consiste à placer ses parents dans l’ensemble de la chaîne de commandement militaire n’a pas empêché un Soussou, le seul officier dans l’état major essentiellement mandingue, le colonel Lansana Conte de s’emparer du pouvoir à la mort de feu Président Ahmed Sekou Toure en 1984. En 2008, la mort du général Lansana Conte dont les parents Soussous détenaient tous les pouvoirs dans l’institution militaire du pays, n’a pas empêché un jeune officier forestier, le capitaine Moussa Dadis Camara de prendre le pouvoir.

Enfin et aujourd’hui, dans les casernes tout comme dans l’opinion publique le malaise est palpable partout, le ras-le-bol général. Dans ce cas de confiscation du pouvoir, de parjure, de violation des droits de l’homme, de tueries, d’injustice, de corruption, d’ethno-stratégie… par la rue, par les urnes ou par la grande muette tout peut arriver à tout temps.

« Un homme averti en vaut mille », dit-on.

Amara Sylla, indiscretguinee.com, Conakry